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Tous les hommes de ce village sont des menteurs, coup de coeur de XXI (Revue 21)

9782919547111« Dans « Tous les hommes de ce village sont des menteurs », Megan K. Stack raconte cinq années passées comme correspondante au Moyen-Orient à courir après le fantôme américain de la « guerre contre la terreur »

Megan K. Stack, journaliste pour le Los Angeles Times, a 25 ans quand elle se retrouve en Afghanistan pour couvrir l’invasion américaine et la traque de Ben Laden, à l’automne 2001. La jeune femme tient des histoires, écrit de bons articles. Les moudjahidines sont drapés dans des couvertures en lambeaux, les bombes s’écrasent dans les montagnes, la lumière, si spéciale en Afghanistan, répète son numéro de charme. Des camarades occidentaux sont tués, elle survit : l’adrénaline de la guerre, celle qui électrise nombre de soldats, de journalistes ou d’humanitaires, la galvanise.

Quand elle rentre chez sa mère, dans le Connecticut, Megan K. Stack n’a qu’une envie : repartir. « J’avais besoin d’aller le plus loin possible, jusqu’à ce que je ne puisse plus rien faire d’autre que rentrer chez moi. Je m’installai à Jérusalem, vaine tentative pour retourner d’où je venais, en empruntant le chemin le plus long. » Suivront cinq années de reportages, à courir après les conflits du Moyen-Orient et le fantôme de la « guerre contre la terreur » : après Israël et la Palestine, il y a l’Irak, la Lybie, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, le Yémen, le Liban, l’Égypte, l’Irak encore et de nouveau le Liban en 2006, sous les bombes israéliennes… Cette fois c’en est trop. La jeune femme, usée, part pour Moscou, loin de la guerre. « Je n’en pouvais plus. Je me demandais si nous, individus, communautés, nations, nous pouvions survivre à la guerre, et dans quel état. Écrire un livre, ça a été une catharsis, quelque chose de réparateur. »

Tissé d’odeurs et de lumières

Tous les hommes de ce village sont des menteurs est un livre chronologique dont les repères temporels sont presque effacés. Peu importe la date de l’attentat-suicide : ce qui a marqué la journaliste, c’est d’avoir fêté l’Aïd quelques heures plus tôt, et d’avoir eu les pieds tâchés par un mouton sacrifié puis par un blessé agonisant dans un hôpital miteux du Kurdistan. C’est le sentiment de trop plein, l’odeur de la mort, le cœur au bord des lèvres. Le courage de certains, l’absurdité de la guerre, le mensonge, la perte de sens. Megan K. Stack balaie l’écume de l’actualité et ne garde que les hommes.

De longues lignes, tissées de lumières et d’odeurs, sont consacrées aux locaux, traducteurs, fixeurs, chauffeurs, qui risquaient leur vie pour l’accompagner dans son travail. « À chaque moment, je pouvais partir. Eux devaient rester. C’est terrible comme je me sens encore coupable de les avoir laissés. »

Pour écrire son livre, la journaliste farfouille dans une mémoire emplie de tiroirs fermés à clés : il y a des souvenirs qu’il vaut mieux oublier. Elle ressort des carnets de notes pour retrouver un nom, un lieu, des phrases notées à la volée, des morceaux d’interviews, avec ces Américaines qui vivent dans un quartier fermé d’Arabie Saoudite, ou une étonnante journaliste irakienne qui porte son pays en pendentif. Mais il est une histoire qu’elle n’a jamais oubliée, jamais même voulu enfouir : celle d’Ahmed, un jeune chiite dégoté sur le campus de Bagdad pour incarner « la vie, les aspirations et les circonstances » d’un « pays torturé ».

Elle le rencontre au bar du Babylon Hotel, le jeune homme « parle bien », elle lui offre le thé, une fois, deux fois, trois fois, apprend les mille détails qui font sa vie. L’article s’annonce magistral mais un jour, Ahmed croise en bas de l’hôtel un milicien armé qui lui glisse : « Si tu retrouves cette Américaine, il y aura un prix à payer. » Elle lui ordonne de partir. Il disparaît, et ne répondra plus jamais au téléphone.

La nationalité de la journaliste est un fardeau, on la lui renvoie à la figure à chaque interview. Megan K. Stack comprend. Elle a l’âge d’être naïve, mais elle a très vite perçu que la « guerre contre la terreur » était, sinon plus mensongère, en tout cas aussi terrible que les autres. À Amman en Jordanie, son amitié avec la jolie Nora est brisée par le scandale de la prison d’Abou Ghraib : « Est-ce que tu as vraiment cru en nous ? Est-ce que tu as cru que nous venions en Irak pour défendre une noble cause, tu as vraiment pensé ça ? » Aujourd’hui, Megan K. Stack, loin de l’odeur de la guerre, écrit des romans et se repose à Pékin, en Chine. »

Retrouvez l’intégralité de l’article sur :
http://www.revue21.fr/La-guerre-jusqu-a-l-usure