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151116-LISBONNE couv HD 2
Prix : 16 €

Revenir à Lisbonne, Patrice Jean

(ou l'imposture amoureuse)

Alors que Gilles, professeur d’histoire, aide un ami pour des travaux, la jolie Armande le confond avec un authentique maçon. Pour la séduire, il decide d’entretenir le quiproquo et s’enferre dans le mensonge.

Quand cette double vie devient intenable, Gilles part pour Lisbonne où il espère retrouver un amour de jeunesse et rencontrer Lorenzo de Lenclos, écrivain qu’il admire, auteur d’un Traité de l’honnête homme au xxie siècle.

Ce voyage doit marquer pour Gilles la fin de l’imposture. Mais, à Lisbonne comme ailleurs, la vérité n’est pas plus simple à vivre que le mensonge. 

Le troisième roman de Patrice Jean après La France de Bernard et Les structures du mal (tous deux repris en poche chez Pocket) ; un texte ironique et lucide sur les faux-semblants et les impasses des relations amoureuses. 

 

 

"Une comédie de moeurs amoureuses doublée d'un ironique traité de l'honnête homme au XXIe siècle." — Sean J. Rose, Livres hebdo

Auteur

Patrice jean photo
Patrice Jean a 45 ans et est professeur de français au lycée de Saint-Nazaire. Il vit dans une maison de paludiers, à Guérande, au cœur des marais salants – en couple, sans enfants, sans bateau, sans cheveux. Il a étudié la philosophie et en 1993, il sort, en collaboration avec un ami, un petit livre de pensées « Tout à fait Jean-Michel », avec des dessins de Sempé (éditions du seuil). Ses romans, La France de Bernard (2013) et Les structures du mal (2015), sont publiés aux éditions rue fromentin.  

Extrait

Si l’on en croit Montaigne chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition : une rapide course à pied instruit des sensations d’un sprinter olympique, une carte postale à écrire et l’on expérimente les tourments de la création, la rencontre d’un chauffard impatient, pressé, pressant, klaxonnant, injecte dans les veines un sang homicide. Néanmoins, je frémis à l’idée de porter en moi ce connard de Thierry Pichon ! Pourrais-je, comme lui, me promener avec un baise-en-ville, des lunettes noires par temps gris et une chemise boutonnée jusqu’à son col ? D’un ton docte assommer mes auditeurs par des discours sur les droits de l’homme, la politique... Lire la suite

La presse en parle

  • "Une comédie de moeurs amoureuses doublée d'un ironique traité de l'honnête homme au XXIe siècle." — Sean J. Rose, Livres hebdo
  • "Magistral." — Olivier Maulin, Valeurs actuelles
  • « Hilarant » — Nicolas Ungemuth, Le Figaro Magazine
  • " Drôle et extrêmement bien écrit." — Stanislas Rigot, BFM TV
  • « Piquant, drôle, vif et moqueur. Le ton du livre se fixe dans le même sol où se plantait Extension du domaine de la lutte, il y a 18 ans. — Arnaud, Librairie Dialogues, Brest
Si l’on en croit Montaigne chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition : une rapide course à pied instruit des sensations d’un sprinter olympique, une carte postale à écrire et l’on expérimente les tourments de la création, la rencontre d’un chauffard impatient, pressé, pressant, klaxonnant, injecte dans les veines un sang homicide. Néanmoins, je frémis à l’idée de porter en moi ce connard de Thierry Pichon ! Pourrais-je, comme lui, me promener avec un baise-en-ville, des lunettes noires par temps gris et une chemise boutonnée jusqu’à son col ? D’un ton docte assommer mes auditeurs par des discours sur les droits de l’homme, la politique agricole commune, le sens de l’histoire, la taxation du capital ? Je préfère raconter les aventures de Gilles Ménage.
Là, il se dépêche, il est en retard, d’au moins une demi-heure, il s’est levé trop tard. Couché trop tard. Rentré dans la nuit. C’est alors qu’il a observé, les yeux brillants de fatigue, le point rouge du téléphone qui clignotait dans l’obscurité. « Gilles ? T’es pas là ?…C’est Michel…Oui, je t’appelle, parce que j’espère que t’as pas oublié, pour demain…Tu sais qu’on doit poser le parquet dans ma maison…Refaire les peintures…Si tu pouvais venir pour dix heures, ce serait bien…Allez, à + ». Bien entendu qu’il avait oublié, sinon il ne serait pas rentré à trois heures du matin, avec un taux d’alcool de 0,6 degré. Gilles Ménage dépasse rarement les taux prescrits par la légalité, qu’elle soit routière, politique, polémique, érotique, esthétique. Ses cheveux ne sont ni trop longs ni trop courts, ni bruns ni blonds, il mesure 1,76 mètre, avoue fièrement être proche du parti socialiste français — a failli voter Bayrou — et l’on a célébré, discrètement, ses quarante-six ans, le mois dernier. Dans sa jeunesse, il fut, comme il se doit, révolté par les injustices de la société, les conditions de vie du prolétariat et l’interdiction de la marijuana. Ces révoltes se traduisirent par des métamorphoses capillaires successives, censées emmerder un monde replié sur des conventions sclérosées. En 1980, il arbora un badge « Anarchy in the UK » et pratiqua le naturisme sur une plage espagnole. De tous ses délires, il rit aujourd’hui quand il en parle avec ses collègues. Quelque temps avant d’obtenir son agrégation d’histoire, il troqua ses jeans troués et ses tee-shirts No Future pour des jeans impeccables et des chemises pâles, de toutes les couleurs. Plus les années passèrent et plus sa penderie accueillit de vestes élégantes, des blazers gris anthracite, un chapelet de cravates, des manteaux à carreaux et des pantalons cintrés. Vers l’âge de trente-cinq ans, il profita de l’avènement du disque compact pour remiser à la cave ses 33 tours de sorte que des Cd de Duke Ellington remplacèrent les vinyles des Sex Pistols : le rythme désinvolte et mâle du jazz accompagnerait désormais sa vie, rehausserait ses blazers, illuminerait ses boutons de chemise. On ne pense pas de la même façon selon qu’on vit dans une chaumière ou dans un palais, on ne s’habille pas de la même façon selon qu’on est au RMI ou cadre supérieur, ni selon que l’on a vingt ou quarante ans — pensait-il.
Gilles Ménage n’aurait peut-être pas pris conscience des métamorphoses vestimentaires imposées par l’âge s’il n’eût été sensible, plus qu’il ne fallait, au jugement des femmes. A vingt ans, ses cheveux longs, sa rage anarchiste délicatement soulignée par une paire de Doc martens lustrées, séduisaient. A quarante-six ans, un tel accoutrement l’aurait rangé dans la catégorie peu enviable des rockers attardés, à quelques pas des vieux fans de Johnny. Une pareille assimilation équivalait à une mort sexuelle. Sans en être très conscient, il avait adopté la toilette la plus idoine pour ne pas déplaire au regard féminin. La toilette, et les idées. Le jeune anarchiste avait connu quelques succès, l’homme mûr et responsable, abonné au Nouvel Observateur, ne déplaisait pas. Les femmes aimaient le ton posé avec lequel il condamnait, sans excès, la politique du gouvernement. Ces propos étaient étayés par des statistiques précises sur le taux de natalité en France et au Gabon ou bien s’appuyaient sur le rôle de l’effondrement du christianisme dans le monde occidental. Qu’il était séduisant (pensait-il) un verre de martini à la main, un argumentaire emprunté (en douce) à Jean Daniel, alors que s’échappait de la trompette de Miles Davis une mélodie envoûtante !
On doit à la vérité que sa pondération n’était pas que feinte. Comme tout un chacun, il n’avait pas toujours été à la hauteur de son intransigeance juvénile, il avait commis quelques mesquineries, trompé des amis, abusé plusieurs femmes. Un bilan honorable, certes, mais qui l’empêchait de condamner la médiocrité de ses contemporains. S’il était une forme d’honnêteté chez lui, elle se nichait dans le refus de la sévérité, il comprenait les faiblesses, les lâchetés, les petitesses, le tout de la vie qui s’effondre. Plus jeune, sa pureté et son arrogance s’alimentaient au vide de l’expérience, à l’absence, faute d’occasions, de saletés et de cochonneries morales. Plus âgé, détrompé sur soi et sur les autres, il acceptait le tant bien que mal de l’existence, avec son lot de misérables secrets… « A quoi bon, se disait-il, pérorer en chaire, du haut de mon intégrité, alors que je suis un homme qui vaut tous les autres et que vaut n’importe qui ? ». C’est l’un des paradoxes de la vertu et de la tolérance qu’elles fleurissent sur le fumier des turpitudes.