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Price : 20 € ISBN : 978-2-919547-35-7

Noël en février, Sylvia Hansel

Tout commence le 11 septembre… mais en 1996. Si aucun avion ne vient percuter les Twin Towers, Camille, quinze ans, croise le regard de Mathieu. Pour elle, aucun doute : ce garçon sera LE garçon, celui qui bouleversera sa vie. Il sera son amour et son seul ami, celui qui l’aidera à échapper à sa petite vie solitaire, à sa famille recomposée, à son lotissement pavillonnaire et aux pauvres types qui traînent sous l’abribus. Mais évidemment, rien ne se passe comme prévu…

Entre grandes espérances, rock et quiche lorraine, Camille comprendra que Noël ne revient pas en février, même quand on essaie de toutes ses forces.

« C’est une Éducation sentimentale des années 1990, réécrite dans un langage direct, oral et perpétuellement inventif. » — Tristan Garcia (auteur de Faber le destructeur, La meilleure part des hommes...)

Author


Sylvia Hansel, est âgée 33 ans, et vit à Paris. Son adolescence entre la Seine-et-Marne et la Lorraine lui a inspiré son premier roman, Noël en février. Le portrait juste, touchant mais aussi drôle de Camille, adolescente de quinze ans au franc-parler imparable.

Extract

Chapitre 1 - L’encre bleu des mers du Sud

Peu de gens le savent, mais un événement important s’est pro-

duit le 11 septembre. Ce jour-là, je rentrais en seconde. C’était

cinq ans avant que cette date ne devienne un mot à part entière

et n’envahisse les journaux. Deux ou trois avions qui n’étaient pas

allés atterrir à l’endroit prévu, changeant ainsi la face du monde, à

ce qu’il paraît… Mon monde à moi, qui n’avait pas grand-chose à

voir avec le World Trade Center, a changé le 11 septembre 1996,

le jour où je suis rentrée aux Grands-Bois, ce... Lire la suite

In the press

  • « C’est une Éducation sentimentale des années 1990, réécrite dans un langage direct, oral et perpétuellement inventif. » — Tristan Garcia (auteur de Faber le destructeur, La meilleure part des hommes...)
  • "Un premier roman initiatique crédible et fort." — Virginia Bart, Le Monde des livres
Chapitre 1 - L’encre bleu des mers du Sud

Peu de gens le savent, mais un événement important s’est pro-

duit le 11 septembre. Ce jour-là, je rentrais en seconde. C’était

cinq ans avant que cette date ne devienne un mot à part entière

et n’envahisse les journaux. Deux ou trois avions qui n’étaient pas

allés atterrir à l’endroit prévu, changeant ainsi la face du monde, à

ce qu’il paraît… Mon monde à moi, qui n’avait pas grand-chose à

voir avec le World Trade Center, a changé le 11 septembre 1996,

le jour où je suis rentrée aux Grands-Bois, ce lycée technique

spécialisé dans les arts appliqués et les métiers de l’hôtellerie.

C’était un petit matin gris, brumeux, comme les matinées

d’automne sont, ni froides ni pluvieuses ni rien, qui promettent

du soleil pour plus tard dans la journée. Un matin de rentrée des

classes.

Ma convocation indiquait que je devais être à 11 heures dans

le réfectoire, sauf qu’on n’allait sûrement pas y manger, on allait

juste avoir droit au discours sans doute soporifique du proviseur.

Il n’y avait guère de bus qui venaient jusqu’à ce lycée paumé

au milieu des bois, quelque part en Seine-et-Marne ; il n’en pas-

sait qu’un par heure. 9 h 07, 10 h 13, 11 h 17… ce qui fait que,

pour écouter le discours sans doute soporifique du proviseur à

11 heures, je n’avais pas eu d’autre choix que d’arriver là-bas avec

trois quarts d’heure d’avance.

J’ai allumé une cigarette et j’ai commencé, histoire de tuer le

temps, à faire un petit tour dans cet immense bahut : plus d’une

dizaine de bâtiments, dont certains étaient plus grands que l’en-

ceinte de mon ancien collège dans sa totalité. Ces blocs Pailleron

étaient mis dans tous les sens, reliés par des allées de graviers ; il y

avait des pelouses, des arbres, une petite rivière sur le côté et, plus

loin, la forêt. J’ai pris soin de ne pas trop m’éloigner de la cantine,

de peur de me perdre.

J’étais sous la passerelle entre le bâtiment d’enseignement

général et les toilettes des garçons, quand je l’ai vu.

Ou que je l’ai vue, je ne savais pas. La silhouette androgyne

était à peu près à quinze mètres de moi, venant dans ma direc-

tion. J’ai ralenti le pas.

Ça m’intriguait au plus haut point, savoir si ce qui venait au

loin était un garçon ou une fille. J’aimais les garçons qui ressem-

blaient à des filles, mais je m’étais fait avoir deux ou trois fois, à

regarder de très beaux mecs de loin : quand je m’en étais appro-

chée, je m’étais aperçue que c’étaient en réalité des gonzesses.

Aussi je ne quittai pas des yeux la mystérieuse personne. Il (ou

elle) avait une étonnante masse de cheveux blonds, bouclés, qui

m’empêchaient de voir son visage, un futal noir qui m’avait tout

l’air d’être un 501, des Doc Martens et une chemise turquoise

assez près du corps. Et ce corps était élancé, comme j’aimais.

Il ne me restait plus qu’à espérer que ce corps appartienne bien

à un mec.

Il est arrivé à un mètre de moi.

A relevé une abondante mèche de cheveux pour me jeter un

regard.

Qui m’a clouée sur place.

Je n’avais vu qu’un unique œil bleu, exactement de la couleur

de l’encre qui s’appelle « bleu des mers du Sud », et une petite

partie de son visage, indéniablement masculin.

Jamais je n’avais vu quelqu’un d’aussi beau.

J’ai arrêté de marcher, et je me suis carrément retournée sur

lui. Mon premier réflexe a été de supplier un hypothétique Dieu

pour qu’Il fasse en sorte que ce type soit dans la même classe que

moi. Il y avait des moments, comme ça, où je me faisais rire toute

seule.

Il a disparu au coin du bâtiment d’enseignement général, et

moi j’étais toujours plantée là, à l’endroit où on s’était croisé,

debout comme un cake. Je me suis sentie très conne, d’un coup,

dans mon jean tout bête et mon pull noir passe-partout. Qu’est-ce

qui m’avait pris de mettre ces frusques ridicules ? J’aurais dû

mettre des trucs plus classes, ma robe sixties orange par exemple,

quoique, quand même il faisait trop frais pour mettre une robe

sans manches, enfin je ne sais pas, j’aurais pu me fringuer un

peu bien, mince, trouver une tenue qui aurait attiré son atten-

tion… Sapée comme j’étais, il allait me prendre pour une fille

quelconque et sans intérêt, ça n’allait pas louper.

Ça ne loupait jamais : chaque fois qu’un garçon me plaisait, il

me trouvait soit trop jeune, soit trop insipide.

Mais celui-là allait être dans ma classe, il allait être dans ma

classe j’en étais sûre, et il n’allait me trouver ni trop jeune ni trop

insipide ni trop comme ci ni trop comme ça, parce que je venais

de le décider. Non mais.