• fr
Close

Subscribe to our newsletter

Subscribe to our newsletter and dont miss anything !

Loading...

Your registration is validated ! Thanks.

Price : 18 € ISBN : 978-2-919547-36-4

Les structures du mal, Patrice Jean

Alors qu’il fête ses quarante-quatre ans, Paul reçoit une lettre d’Henri Berg. Cet homme, qui fut pour lui à la fois un complice  et un mentor, est très gravement malade. Il confie à son ami un lourd secret qui n’a jamais cessé de le hanter et dont il n’a parlé à personne.Paul décide alors de rendre visite à Henri Berg et tente de l’apaiser. En vain.

Car Berg n’a pas tout dit.

Les structures du mal ont des ramifications insoupçonnées. 

"Un roman à la Rohmer. (...) Un livre qui ne se démodera pas." — Jérôme Dupuis, L'Express

Author


Patrice Jean a 45 ans et est professeur de français au lycée de Saint-Nazaire. Il vit dans une maison de paludiers, à Guérande, au cœur des marais salants – en couple, sans enfants, sans bateau, sans cheveux. Il a étudié la philosophie et en 1993, il sort, en collaboration avec un ami, un petit livre de pensées « Tout à fait Jean-Michel », avec des dessins de Sempé (éditions du seuil).Ses romans, La France de Bernard (2013) et Les structures du mal (2015), sont publiés aux éditions rue fromentin. 

Extract

Chapitre 1




Prélude balnéaire et militaire




Lorsque l’on se promène l’été, dans l’herbe fraîche, les sauterelles, à l’approche de nos pas, bondissent à droite et à gauche, trente centimètres plus loin. Mais aujourd’hui, je marche sur un chemin étroit, dans la nuit, dans le froid et sans but. J’ai fêté, hier soir, mes quarante-quatre ans. Chacun sait que c’est un âge où les hommes entament le processus de vieillissement et de dévastation. Je n’échappe pas au sort commun. Un ami de longue date m’a appelé pour, disait-il, « aller s’en jeter un petit derrière la cravate et arroser tes... Lire la suite

In the press

  • "Un roman à la Rohmer. (...) Un livre qui ne se démodera pas." — Jérôme Dupuis, L'Express
  • "Le roman lancinant de Patrice Jean s'interroge sur la culpabilité, l'instinct de survie. Sur les fardeaux que l'on traîne et les comptes qu'on se doit de régler." — Alexandre Fillon, Livres Hebdo
  • "Sous l'égide de Chamfort, (...) ce roman des secrets marque par sa manière de décortiquer les rôles que l'on joue et d'examiner les oripeaux dont se pare notre néant." — Raphaëlle Leyris, Le Monde
  • "On s'attache fort à ces deux destins d'hommes brisés, à ces amours incendiées, à ces comptes avec soi-même jamais réglés. (...) Un bref et dense second roman." — Fabienne Pascaud, Télérama
  • "Une vraie belle découverte, une grande réflexion sur le poids de la culpabilité." — Stanislas Rigot, LCI
  • Les structures du mal, dans Télérama
Chapitre 1




Prélude balnéaire et militaire




Lorsque l’on se promène l’été, dans l’herbe fraîche, les sauterelles, à l’approche de nos pas, bondissent à droite et à gauche, trente centimètres plus loin. Mais aujourd’hui, je marche sur un chemin étroit, dans la nuit, dans le froid et sans but. J’ai fêté, hier soir, mes quarante-quatre ans. Chacun sait que c’est un âge où les hommes entament le processus de vieillissement et de dévastation. Je n’échappe pas au sort commun. Un ami de longue date m’a appelé pour, disait-il, « aller s’en jeter un petit derrière la cravate et arroser tes quarante-quatre piges ! ». D’abord, j’ai dit « non », ou plutôt, j’ai dit « peut-être ». J’attendais un autre coup de téléphone, celui d’une femme ; je me suis précipité sur le combiné à chaque sonnerie, en espérant entendre une voix, la voix de cette femme, mais ce fut un défilé de voix carnavalesques, un carnaval de voix heureuses et réjouies que je fête, en ce jour détestable, mes quarante-quatre ans… Pas la voix attendue…
Alors, j’ai rappelé l’ami, je lui ai dit « d’accord. D’accord, on va s’en mettre un derrière la cravate ». L’expression n’a pas de sens. Je ne porte jamais de cravates. Sauf dans les mariages. Dans le café, personne n’en portait, non plus. On s’est assis à une table, on a commandé un planteur pour moi, un whisky pour lui, on a parlé de notre journée, de politique, de nos espoirs et de nos aigreurs. À la table d’à côté, deux femmes, une jolie brune, à peine trente ans, avec une mèche à la Louise Brooks et un cardigan rose, festonné de motifs arabisants ; en face d’elle, une dame plus âgée, la cinquantaine, pomponnée pour la soirée. À plusieurs reprises mon ami a lancé des regards galants à nos voisines d’un soir. Sans succès. Elles affichaient une indifférence de princesse pour notre table de quarantenaires fatigués ; elles souriaient comme des anges lubriques en direction de princes charmants, d’une trentaine d’années, beaux et désinvoltes. Les princes jouaient aux fléchettes, un verre à la main et riaient aux éclats. À coup sûr, les princes allaient niquer dur, ce soir. Les princesses s’éveilleraient énamourées, avant de pester, quinze jours plus tard, contre l’infamie masculine, contre les hommes qui ne comprenaient rien à l’amour. Voilà ce que je me disais quand je suis sorti du café.




J’ai serré la main de mon ami, puis j’ai longé le remblai. L’océan respirait comme un homme ivre et endormi, sous la lune blanche et phosphorescente. Je me suis assis sur un banc pour écouter les vagues qui murmuraient un message incompréhensible. Puis, je me suis lassé et je suis rentré chez moi. J’ai consulté mes mails pour vérifier que j’avais bien quarante-quatre ans aujourd’hui. Je me suis couché. Rien ne s’était passé. Le temps passait, c’était tout.
« Je suis un homme qui cherche à ne pas mourir » écrivait Jacques Rigaut. C’est, en substance, ce que chacun, un jour ou l’autre, est amené à se dire. Mon ami, hier soir, pourtant, affirmait le contraire, il soutenait que le monde se divisait en deux, le groupe de ceux qui faisaient corps avec la vie, tout contents d’être sur terre, et le groupe des « nés fatigués ». « On a l’impression, ajouta-t-il, que certains ont avalé, à la naissance, une poudre énergétique, qui les pousse au derrière, quand d’autres se rattrapent aux branches ou s’appuient sur des béquilles pour ne pas s’écrouler. »