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9782919547395
Prix : 18 € ISBN : 978-2-919547-39-5

La mécanique du saut (nouvelles), Nicolas Roiret

Ils ont entre de 18 et 25 ans. Ils vivent dans le périrubain ou l’intramuros, parfois à la campagne.  Ils connaissent la débrouille, l’ennui et, souvent, le danger. Tous tentent de tirer leur épingle du jeu. Ce sont les héros des nouvelles de Nicolas Roiret. 

Dans le premier texte qui donne son titre au recueil, une bande de copains part vers la frontière franco-espagnole pour une semaine de fiesta. La rivalité avec un play boy des plages se terminera par un concours stupide…

D’autres s’ennuient à la campagne, près d’une voie ferrée et imaginent une corrida avec les trains. Le tout filmé pour récolter des « views » sur youtube ou des « like » ailleurs.

Pendant ce temps, une fille et un garçon veillent jusqu’au « premier métro » et dépouillent les fêtards endormis. Un « bon plan » qui finira en cavale meurtrière.

Nicolas Roiret raconte le désarroi d’une jeunesse qui n’a rien à perdre, ni à attendre. 

Auteur


Nicolas Roiret a été reporter pour la presse magazine, notamment dans les grandes années d'ActuelLa mécanique du saut est son premier livre. Il travaille actuellement à un roman dans la même veine, réaliste et crue.

Extrait

Il était minuit passé. On venait de se taper 1200 bornes, il restait 200 mètres à faire mais plus moyen d'avancer. Une bagnole barrait le passage dans l'allée qui conduisait à la location.

Un cabriolet Audi RS4 noir avec des plaques belges, warning allumés.

On avait les boules, c'est vrai, mais le plus remonté de nous trois, c'était Antho. « Tu vois, le mec, je sais pas qui c'est, mais c'est forcément un gros con, qu'il nous sort, sous prétexte que je roule dans une caisse à 100 000, je vous pisse tous à la raie. »

Au bout de 10 minutes, on a vu arriver un espèce de playboy qui se gondolait de rire au bras de 4 gonzesses. Oui, 4.... Lire la suite

La presse en parle

Il était minuit passé. On venait de se taper 1200 bornes, il restait 200 mètres à faire mais plus moyen d'avancer. Une bagnole barrait le passage dans l'allée qui conduisait à la location.

Un cabriolet Audi RS4 noir avec des plaques belges, warning allumés.

On avait les boules, c'est vrai, mais le plus remonté de nous trois, c'était Antho. « Tu vois, le mec, je sais pas qui c'est, mais c'est forcément un gros con, qu'il nous sort, sous prétexte que je roule dans une caisse à 100 000, je vous pisse tous à la raie. »

Au bout de 10 minutes, on a vu arriver un espèce de playboy qui se gondolait de rire au bras de 4 gonzesses. Oui, 4. Allez hop, en voiture ! Il leur a ouvert les portes, une devant, trois derrière. Des Italiennes…

Puis le mec est venu vers moi, côté conducteur. Il portait un costard en lin blanc, un t-shit noir « Fuck Me I'm Famous » et des tiags en écailles. 25 berges environ, grand, 1.85, cheveux mi-long, une gueule de beau gosse, genre acteur amerloque dans les vieux films.

Il s'est penché à la fenêtre, a posé son coude, tout sourire.

« 4 nanas qui se préparent pour sortir, une seule salle de bain ! C'est pas de bol, t'sais ! »



Il nous a sorti ça avec un bon vieil accent bruxellois. On est de Lambersart, dans le Nord, c'est une musique qui nous parle. Stephen et moi, on s'est marré. Pas Anthony.

Pourtant, le gus avait l'air vraiment sympa. Pour se faire pardonner, il a voulu nous offrir un cigare. J'ai d'abord refusé poliment, mais il a insisté. « Un Cohiba, c'est que du plaisir, t'sais ! »

J'en ai pris un, Steven aussi. Pas Antho.

On s'est souhaité bonnes vacances et puis voilà, l'incident était clos.

On s'est installés dans le T2, au 3 ème étage d'un immeuble qui en comptait 5. On avait un large balcon qui donnait sur le local à poubelles. Le même appart', côté mer, c'était 300 boules de plus. Le choix était vite fait.

Le premier soir, normal, on a voulu sortir. On était à Playa de Aro, Costa Brava, un eldorado pour teufeurs. L'année dernière, on avait loué à Narbonne Plage. Laisse tomber, c'est familial. T'as quelques boîtes mais elles sont chères et prétentieuses.

En Espagne, au moins, tu rentres partout et, surtout, tu peux tiser sans te ruiner.

Mais bon, après trois pétards et autant de whisky, impossible de s'arracher du canap'.

Antho a déballé sa caméra Go Pro, achetée spécialement pour les vacances

On s'est foutu de sa gueule, « pourquoi t'as ça ? C'est pour les baroudeurs, les aventuriers, t'as pas la vie qui va avec ! » Il nous a dit, « je vais faire un film de psychopathe, bande de bouffons » et il a commencé à tourner.

Dans notre délire, on est revenu sur le Belge au cabriolet. Steven et moi, on était plutôt admiratifs alors qu'Antho, lui, il n'arrêtait pas de le tailler. « Je suis sûr que c'est la caisse de son daron ! Tu paries qu'il est pédé ? T'as vu ses ratiches, on l'a cloné avec un cheval ! » qu'il disait en riant. Mais à moitié seulement. Je le connais depuis toujours mon Antho. Quand il a un mec dans le viseur, il le lâche plus. Un vrai chacal.

On a fait la soirée sur le Belge. Steven lui a même dégoté un surnom, le Tsé. « Il se prend pour le boss, il fume des cigares cubains et il termine toutes ses phrases par t'sais ! » Cette rigolade !

Le lendemain, on a fait les courses. On a rempli le coffre de la voiture de San Miguel, en pack de 36. On pensait faire la durée du séjour, mais, évidemment, il a fallu qu'on y retourne.

La semaine, on la voulait cool. Pas de contraintes. Surtout pour la bouffe. Résultat, toutes les vacances, ça été houblon et gâteaux d'apéro.

Pour les fruits et légumes, raisins secs et olives. Deux ou trois fois, on s'est posés au Caracol, le restau de la piscine, pour becter un poulet grillé avec des frites mais on avait chaque fois l'impression de cramer nos thunes dans du superflu. Manger, c'était secondaire.

On était en Espagne pour se mettre la race et mater des beaux culs.



Le premier jour, Antho a voulu qu'on ratisse la plage avant de poser nos serviette. Finalement, il a choisit deux louloutes, deux blondes qui bavardaient, assises sur le sable. Il s'est tranquillement installé face à elles avant d'entamer la discute.

Antho, avec les meufs, il assure.

Attention ! Plutôt crever que de lui dire ! Mais de nous trois, c'est le meilleur.

Il a le physique pour ça. Une belle tronche, des pectoraux, du caractère. En vérité, il dégage de la puissance et ça, c'est bon pour choper de la gourmande.

Avec Steven, on s'est mêlés au trio et fait la connaissance d'Anika, la très belle et de Connie, la très moche. Des étudiantes Danoises, 22 balais, comme nous.

Anika, sérieux, c'était du lourd, catégorie avion de chasse. Une bombasse avec tout qui va bien là où il faut.

Sa copine, un tas, une nerdy à bourrelets mais qui parlait français. Elle avait fait Erasmus à Montpellier pendant un an. Du coup, vu son niveau en anglais, Antho s'est servi d'elle comme traductrice. Rencard a été pris pour le soir même, à minuit, au Roll's, une boîte en ville.



Au Roll's, les filles étaient bien au rendez-vous. On a pris une table, une bouteille et l'alcool aidant, Antho et Anika ont commencé à se rapprocher. Connie se tenait près d'eux et jouait l'interprète. Je matais cette scène surréaliste quand un type est arrivé par derrière et s'est penché à l'oreille d'Anika. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite à cause de son look de hippie friqué. Il portait un bandeau en soie mauve et des lunettes noires D&G. Le Tsé !

Anika s'est levée d'un bond, a dit, « Excuse me, I come back ».

Antho s'est crispé. Nos regards se sont croisé, il était dans les cordes.