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Prix : 21 € ISBN : 978-2919547449

La doublure, Meg Wolitzer

Après quarante ans de vie commune avec Joe Castleman, un écrivain célèbre, Joan decide de le quitter. Ils volent vers Helsinki où Joe doit recevoir un prix prestigieux. Elle revoit alors leur rencontre à Greenwich village dans les années 1950, puis leur marche vers la reconnaissance et finit par buter sur le secret qui cimente leur couple depuis tant d’années.

A-t-elle vraiment voulu de cette existence dans l’ombre d’un homme ? Pourquoi a-t-elle accepté tant de compromissions ? Peut-elle continuer à se taire ?

Avec La doublure, Meg Wolitzer signe un roman puissant et sans concession sur le couple, l’ambition et la quête du bonheur pour toute une génération de femmes.

"Un tour de force (…) Wolitzer porte au plus haut le sarcasme et l’ironie." — Raphaëlle Leyris, Le Monde des livres

Auteur

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Née en 1959, Meg Wolitzer a écrit dix romans  - dont La Position (éditions Sonatine, 2014) et L'épouse (Grasset, 2005) -  et de nombreux scénarios. Elle vit et travaille à New York.

Extrait

À la minute où j’ai décidé de le quitter, à la seconde où je me suis dit j’en ai assez, nous volions à onze mille huit cents mètres au-dessus de l’océan, nous foncions droit devant nous, dans une immobilité et une sérénité illusoires. À l’image de notre mariage, aurais-je pu ajouter, mais pourquoi s’ingénier à tout gâcher d’entrée de jeu ? Pour l’heure, nous goûtions les fastes de la première classe, à l’abri de toute angoisse, provisoirement. Il n’y avait pas de turbulences, le ciel était limpide, et un marshall de la police de l’air, installé quelque part au milieu de la cabine, en tenue anonyme de simple voyageur et armé, devait être occupé... Lire la suite

La presse en parle

  • "Un tour de force (…) Wolitzer porte au plus haut le sarcasme et l’ironie." — Raphaëlle Leyris, Le Monde des livres
  • "Wolitzer détisse la tapisserie des renoncements. (…) Drôle et Triste." — Fabienne Pascaud, Télérama
  • "Une fine analyse des ressorts conjugaux et des dommages collatéraux du succès." — Olivia Mauriac, Le Figaro Madame
  • "Meg Wolitzer a un talent fou pour camper ses personnages. Elle semble tout connaître du métier d'écrivain et de la faiblesse de certains hommes." — François Kasbi, La Quinzaine littéraire
À la minute où j’ai décidé de le quitter, à la seconde où je me suis dit j’en ai assez, nous volions à onze mille huit cents mètres au-dessus de l’océan, nous foncions droit devant nous, dans une immobilité et une sérénité illusoires. À l’image de notre mariage, aurais-je pu ajouter, mais pourquoi s’ingénier à tout gâcher d’entrée de jeu ? Pour l’heure, nous goûtions les fastes de la première classe, à l’abri de toute angoisse, provisoirement. Il n’y avait pas de turbulences, le ciel était limpide, et un marshall de la police de l’air, installé quelque part au milieu de la cabine, en tenue anonyme de simple voyageur et armé, devait être occupé à picorer un petit ravier de cacahuètes huileuses ou se laissait absorber par la prose de zombies du magazine de bord. On nous avait servi à boire avant même le décollage, et nous étions tous les deux fin bourrés, la bouche à moitié béante, la tête renversée. Des jeunes femmes en uniforme montaient et descendaient les allées, armées de corbeilles, telle une escouade de Petits Chaperons rouges pubères.


« Désirez-vous quelques petits gâteaux, monsieur Castleman ? » s’enquit une brune qui, paire de pincettes à la main, lui présenta ses seins en se penchant vers lui, avant de les lui retirer aussitôt, et j’ai revu le vieux mécanisme de l’excitation s’ébranler en lui avec le sifflement d’une meule à aiguiser les couteaux, spectacle auquel j’avais assisté des milliers de fois, depuis des décennies. Ensuite, comme mue par un remords, c’est à moi que la jeune femme s’adressa. « Madame Castleman ? » Mais j’ai refusé. Je ne voulais pas de ses gâteaux, ni du reste, d’ailleurs.


Nous nous acheminions vers la fin de notre couple, vers cette minute où j’allais enfin tirer d’un coup sec sur la prise, m’éloigner du mari auprès duquel j’avais vécu, année après année. Nous étions en route pour Helsinki, Finlande, un pays auquel personne ne pense jamais, sauf les mélomanes qui écoutent Sibelius, les amateurs de sauna qui se couchent sur ces lames de bois humides et brûlantes, ou les gastronomes qui aiment avaler une assiette de viande de renne. On avait distribué les petits gâteaux, versé l’alcool en carafe et, tout autour de moi, les écrans vidéos avaient basculé en position basse, bien cambrés. Pour l’heure, personne à bord de cet avion n’était plus obsédé par la mort, alors qu’un peu plus tôt la cabine entière, noyée sous le chœur braillard et lointain des Furies prises au piège des réacteurs, cette cabine remplie de cerveaux – en classe économique, affaires ou dans le compartiment des Heureux Élus – s’était unie pour inciter l’appareil à prendre l’air, comme le public qui veut à toute force que le magnétiseur réussisse à faire plier la petite cuiller.


Évidemment, elle pliait à tous les coups, la petite cuiller, et l’extrémité spatulée pendouillait comme la fleur trop lourde d’une tulipe au sommet de sa tige. Et si les avions ne décollent certes pas à tous les coups, ce soir, le nôtre a bien voulu s’exécuter.