• fr
Fermer

Abonnez-vous à notre newsletter

Souscrivez à notre newsletter et ne manquez rien !

Chargement...

Votre inscription a bien été prise en compte !

9782919547012
Prix : 20 € ISBN : 9782919547012

Je hais les jeunes filles, anthologie du magazine 20 ans, Marie Barbier

Le magazine « 20 Ans » a été un phénomène de presse aussi inattendu que méconnu. De 1992 à 2003 une équipe hors normes réunie autour d’Isabelle Chazot a dynamité en sous mains les codes de la presse féminine. Drôle, féministe, iconoclaste, le magazine « 20 Ans » a détonné dans le paysage un peu sucré de la presse pour jeunes filles. Réunissant une équipe essentiellement masculine et parfois inattendue (parmi les sympathisants on pouvait compter Michel Houellebecq, Simon Liberati, Alain Soral…) autour d’une exigence d’écriture, alliant ironie, lucidité, et anti-conformisme. Les références inhabituelles des articles, l’iconographie géniale et inventive, les pages offertes à des figures du journal comme Diastème, ou le Docteur Perlmutter, ont fidélisé une génération de lectrices, qui se retrouvent aujourd’hui orphelines.

Ce livre rassemble des témoignages des anciens du magazine qui décrivent l’esprit dans lequel le journal se créait, ainsi qu’une anthologie d’articles. Il s’adresse avant tout aux anciennes lectrices de « 20 Ans », mais également à tous ceux que l’histoire de la presse, notamment féminine intéresse.

Auteur


Marie Barbier est la co-fondatrice des Editions Rue Fromentin. Elle a réalisé et coordonné l'ouvrage collectif 20 ans, je hais les jeunes filles, consacré au magazine féminin 20 ans.

Extrait

Je me souviens encore du premier numéro de 20 ans que j’ai eu dans les mains, en 1995 (j’avais dix-huit ans) : « Êtes-vous une petite vicieuse ? » Très vite, comme beau- coup de filles de mon âge, je me suis mise à en attendre chaque parution avec une impatience aiguë. Ce fut le début d’une longue idylle. J’eus vingt ans, puis vingt-cinq, puis vingt-sept (« Jusqu’à quel âge peut-on lire 20 ans ? » était une question qui me tourmentait à l’époque) et usai jusqu’à la corde les pages glacées du magazine qui, mois après mois, faisait notre bonheur à ma sœur et moi. Mes années 90 furent ennuyeuses mais, heureusement, il y avait 20 ans. 20... Lire la suite

La presse en parle

Je me souviens encore du premier numéro de 20 ans que j’ai eu dans les mains, en 1995 (j’avais dix-huit ans) : « Êtes-vous une petite vicieuse ? » Très vite, comme beau- coup de filles de mon âge, je me suis mise à en attendre chaque parution avec une impatience aiguë. Ce fut le début d’une longue idylle. J’eus vingt ans, puis vingt-cinq, puis vingt-sept (« Jusqu’à quel âge peut-on lire 20 ans ? » était une question qui me tourmentait à l’époque) et usai jusqu’à la corde les pages glacées du magazine qui, mois après mois, faisait notre bonheur à ma sœur et moi. Mes années 90 furent ennuyeuses mais, heureusement, il y avait 20 ans. 20 ans était méchant, désespéré, intelligent, féministe, et détonait largement à côté des autres titres : Elle, Biba et Marie Claire ne traitaient à mon goût que de problématiques de « vieilles », Les Inrocks et Nova étaient bien trop ésotériques, et je jugeais Jeune et jolie niais. Avant tout, 20 ans était drôle. Un humour ni régressif ni bébête, qui tirait plus souvent que de raison vers la méchanceté ou le désespoir, et nous traitait enfin en adultes. Drôle, mais pas seulement. Utile aussi. Ce jour- nal nous prenait au sérieux, ne s’adressant pas à nous comme si nous n’étions que des gamines idiotes obsé- dées par le dernier film de Johnny Depp ou le choix d’un mascara, même si, bien sûr, 20 ans parlait mieux que les autres de Johnny Depp (dont il se moquait) ou de mas- caras (dans des articles beauté décapants). À sa façon, 20 ans m’a appris beaucoup de choses : les méandres de la psychologie masculine (les articles vitrio- lés de Simon Liberati), que la « jeunesse » est une illusion et la révolte, une impasse, à ne pas attendre qu’un gar- çon rappelle (ne pas trop attendre des garçons en géné- ral), à coucher avec discernement ou à me servir d’un fer à repasser. Comme une grande sœur un peu blasée, le journal nous prenait par la main, pour nous aider à sortir des habituels écueils de l’adolescence (chagrins d’amour, rébellion familiale, erreurs capillaires) et nous emmener tant bien que mal, mais toujours avec classe, drôlerie et lucidité vers cet horizon un peu gris qu’était pour nous la vie d’adulte. Puis j’ai vieilli. 20 ans a fini par me paraître moins drôle. Était-ce le titre qui avait changé, ou moi ? J’ai cessé de l’acheter. Entre-temps, 20 ans a cessé de paraître, puis est revenu sous une nouvelle formule, avec une nouvelle rédaction. Le 20 ans actuel1 n’a que peu à voir avec celui de ma jeunesse, mais ce vieux serpent, à bientôt cinquante ans, n’en est sans doute pas à sa dernière peau. Il n’empêche. Un jour, il a bien fallu aller voir si « c’était mieux avant ». Quelques 20 ans de l’époque, qui avaient survécu à bien des déménagements, pâlis, déchirés, lus et relus m’ont bien vite éclairée. Les articles avaient gardé toute leur charge explosive, la maquette était toujours aussi belle. 20 ans ne ressemblait à rien de ce qui a pu se faire dans la presse depuis, et sans aucun doute à rien qui existe dans la presse féminine ou autre d’aujourd’hui. Alors que beaucoup d’éléments de la culture populaire (musique, films, émissions télé) font l’objet d’une muséi- fication de plus en plus précoce, d’autres pans bascu- lent, eux, irrémédiablement dans l’oubli. On exhume des nanars d’horreur des seventies, luxueusement réédités en DVD avec bonus et bande-son remastérisée, mais les archives de Elle ou Marie Claire restent oubliées, introu- vables. Sans cesse tiraillée, comme le dit Hélène Lazareff, entre « le frivole et le sérieux », la presse féminine ne semble devoir se contenter que d’une existence éphé- mère. Les modes se font, se défont puis reviennent. Les journaux féminins, eux, disparaissent, emportés par l’air du temps. 20 ans n’échappe pas à ce sort. Au contraire des grands titres historiques (Elle, Vogue), il s’avère quasiment impossible de reconstituer une collection. De façon spo- radique, quelques numéros se retrouvent en vente sur Internet à prix d’or, mais c’est à peu près tout. Il faut dire que 20 ans était un féminin certes, mais avant tout un magazine pour jeunes filles, donc marqué irrémédia- blement d’obsolescence et voué à la benne à ordures, ou à vieillir dans un bac au fond d’une cave – dans le meilleur des cas. D’où l’idée de ce livre, dans lequel se côtoient des témoignages des anciens journalistes qui racontent l’histoire secrète du magazine et une sélection d’articles, tout à fait subjective, et donc par là partiale et incomplète, mais qui ravira, je l’espère, toutes les lectri- ces nostalgiques.