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DicoElegant-SD
Prix : 23 € ISBN : 978-2-919547-19-7

Dictionnaire élégant de l’automobile, Thomas Morales

Sortie, novembre 2013

Du passé, l’automobile? Non, des souvenirs ! Nuance…

Il suffit de croiser la ligne d’une DS pour voir resurgir les rues des années 1950 et la silhouette de Gabin, d’admirer le profil d’une Jaguar Type E pour entendre les accords du « Swinging London ». Et cette Innocenti Mini garée nonchalamment sur le trottoir – celle de votre mère? de votre grande sœur? – n’évoque-t-elle pas l’insouciance et l’énergie de l’année 1977 ?

Avec ce dictionnaire libre, subjectif et iconoclaste, Thomas Morales rappelle que l’automobile fut et reste un art de vivre. De A comme Alfa Romeo Giulia à W comme Woody Allen, il donne sa vision de l’élégance en coupé, décapotable ou berline. Une virée à travers cinquante ans d’histoire, au cours de laquelle on parle bagnole mais aussi cinéma, musique, politique et mode. Car pour Thomas Morales, « écrire sur l’automobile, c’est écrire sur la vie ».

" Le style dans le rétroviseur. le Dictionnaire élégant de l'automobile nous remet au volant de modèles mythiques, au temps où la voiture n'était pas le bouc émissaire d'une rage purificatrice." — Bertrand de Saint-Vincent, LE FIGARO

Auteur

Photo morales
Né en 1974, Thomas Moralès écrit dans la presse automobile depuis près de 20 ans, et nourrit depuis son enfance une passion pour les voitures anciennes et le cinéma des années 60 et 70. Il est l’auteur de Mythologies automobiles (L’éditeur, 2011), d’Objets masculins, les essentiels de l’homme (Du may, 2009).

Extrait

ALFA ROMEO GIULIA






Pour moi, il restera Bertrand, l’ingénieur apprenti-écrivain de « L’Homme qui aimait les femmes » de Truffaut. Sa maladresse, son courage, son obstination auront guidé toute une génération. Ce n’est pas un hasard s’il roule en Alfa Romeo Giulia. Elle lui correspond. A première vue, une berline classique aux lignes droites, froides mais quand on l’observe de plus près, on découvre une automobile raffinée, aux proportions subtiles, au charme divin. Il traverse ses films comme un funambule. Obsessionnel et frénétique. Il semble toujours malade, encombré par ses propres gestes, gêné d’être lui-même. Il... Lire la suite

La presse en parle

  • " Le style dans le rétroviseur. le Dictionnaire élégant de l'automobile nous remet au volant de modèles mythiques, au temps où la voiture n'était pas le bouc émissaire d'une rage purificatrice." — Bertrand de Saint-Vincent, LE FIGARO
  • "Ce livre est une pure merveille (...) Il pétille d'intelligence, de vivacité, de littérature et de bons conseils cinématographiques." — Philippe Lacoche, LE COURRIER PICARD
ALFA ROMEO GIULIA






Pour moi, il restera Bertrand, l’ingénieur apprenti-écrivain de « L’Homme qui aimait les femmes » de Truffaut. Sa maladresse, son courage, son obstination auront guidé toute une génération. Ce n’est pas un hasard s’il roule en Alfa Romeo Giulia. Elle lui correspond. A première vue, une berline classique aux lignes droites, froides mais quand on l’observe de plus près, on découvre une automobile raffinée, aux proportions subtiles, au charme divin. Il traverse ses films comme un funambule. Obsessionnel et frénétique. Il semble toujours malade, encombré par ses propres gestes, gêné d’être lui-même. Il joue souvent les faire-valoir alors que sa seule présence irradie l’écran. S’il fallait définir à quoi ressemblait un homme des années 70, Charles Denner en serait le parfait exemple. Visage asséché et voix enchanteresse. Il suffit qu’il ouvre la bouche pour que sa diction nous emporte dans le passé, dans la douleur enfouie, dans la beauté. En plus, il porte tellement bien les sous-pulls en acrylique, les blousons en cuir et ces affreuses cravates à carreaux. On dirait une publicité ambulante pour les Galeries Lafayette en 1977. Philippe Labro en a fait le magnifique sherpa de Jean-Paul Belmondo dans « L’Héritier ». On rêverait tous d’avoir un homme de confiance comme lui, sachant à la seconde près évaluer notre fortune avec une grosse calculette. Denner n’était pas beau et pourtant son allure, son charisme, ses faiblesses sont pour beaucoup d’entre nous un modèle si difficile à imiter. Parfois, on croise dans la rue, un jeune homme qui tente de lui ressembler. Quarante ans après, il continue d’inspirer. Aujourd’hui, les critiques diraient de lui qu’il était un acteur psychologique dans la veine d’un Jean-Pierre Léaud ou d’un Sami Frey. Un type menaçant avec cette folie contenue qui donne toute la puissance à ses interprétations comme cette déroutante Giulia.









ALFASUD









Il y avait de quoi attraper un coup soleil en 1971 quand Alfa Romeo dévoila sa nouvelle compacte. Moteur boxer, traction avant, dessin de Giugiaro, cette Alfasud avait plus d’un atout dans son jeu. Elle permit même au constructeur de voir la vie en rose pendant quelques années car son succès commercial dépassa largement les frontières italiennes. Grâce à un prix attractif, des milliers d’automobilistes purent enfin goûter au plaisir de rouler en Alfa. Ne vous fiez pas à sa puissance (63 ch pour la version de base et 68 ch pour la Ti), l’Alfasud est une italienne qu’on n’oublie pas de sitôt. Préférez les premiers millésimes d’avant 1980, après le plastique grossier a défiguré cette carrosserie pourtant si pure, si fraîche, si latine.









ALPINE





Qu’il est difficile de vivre et de prospérer à l’ombre des grands arbres ! L’Alpine A 310 a hérité d’une tâche quasi-impossible : succéder à un mythe automobile, la Berlinette (A 110), la Championne du monde des Rallyes 1973. Jean Rédelé a créé en 1955 à Dieppe une firme qui porte le doux nom d’Alpine en souvenir de sa victoire à la Coupe des Alpes en 1954. Pendant presque vingt ans, les Alpine vont hisser très haut les couleurs du sport mécanique français. Cette Alpine A 110 est un phénomène dans la construction automobile des années 60/70. Elle est rapide, légère, tonique, elle enfile les épingles du Monte-Carlo comme une tricoteuse experte. Mais en 1971, la direction décide de lui trouver une héritière qui devra satisfaire une clientèle moins sportive. Le confort rudimentaire de l’A 110 convenait aux pilotes en herbe, l’A 310 doit adopter des manières plus convenables pour séduire un plus grand nombre d’acheteurs. La nouvelle Alpine va souffrir de quelques problèmes de fiabilité, un mal très français, puis elle se dote du moteur de la Renault 17 Gordini, un quatre cylindres à injection qui délivre 127 ch. Certains crient au crime de lèse-majesté.









AMC PACER









AMC lance sa Pacer dans une ambiance survoltée où toute raison a foutu le camp. Au départ, on attend beaucoup de cette compacte censée réduire les émissions polluantes. C’est une révolution au pays des puits de pétrole. La Pacer est imaginée avec un moteur rotatif et puis, face à l’impérieuse logique industrielle, elle héritera d’un bon vieux V6 et ensuite d’un V8 glougloutant. Elle devait consommer moins que les mastodontes yankees qui engloutissent des hectolitres d’essence. Finalement, elle ne parviendra pas à faire baisser d’un gallon la consommation de pétrole. Mais que l’Amérique était belle, audacieuse et avant-gardiste lorsqu’elle échouait ! Les Etats-Unis ont perdu la boule en 1975. Rien ne va plus chez l’Oncle Sam. Patricia Hearst, la fille du magnat de la presse est kidnappée par l’armée symbionaise de libération. 18 mois de détention au terme desquels, elle prend fait et cause pour ses ravisseurs. Atteinte du syndrome de Stockholm, elle participe même à un braquage. Décidément, ce millésime est placé sous le signe de la folie. Une incroyable dinguerie s’est emparée des américains. Au cinéma, l’oscar du meilleur film est décerné à « Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman. Le regard de Jack Nicholson terrorise les ménagères américaines. Arthur Ashe gagne le tournoi de Wimbledon face à « Jimbo » Connors. La tigresse Pam Grier, icône des films « Blaxploitation » rend dingue la communauté afro-américaine. Ses décolletés plongeants, ses course-poursuite de séries B et son assurance féline troublent un jeune adolescent, un certain Quentin Tarantino qui fera d’elle, bien plus tard, une splendide « Jackie Brown », toute en sensualité et désir refoulé. Les Etats-Unis bouillonnent d’impatience. En Europe, les effets de ce dérèglement se font également sentir. Le chanteur Mike Brant se suicide. Le Grand Prix de l’Eurovision est remporté par des hollandais qui chantent « Ding a dong », une ritournelle abrutissante qui passe en boucle sur les radios. Emile Ajar alias Romain Gary refuse le prix Goncourt. Franco a fini par mourir laissant la place à un fringant roi qui saura rendre à l’Espagne sa dignité et sa démocratie. Ce playboy ibérique fait la Une de Paris Match en maillot de bain. Son allure n’est pas sans rappeler celle d’un autre séducteur latin, l’italien Giovanni Agnelli, patron de Fiat qui fait des ravages sur la Riviera. Le monde change. C’est le grand retour du pantalon dans les collections Haute-couture. En Amérique, Oscar de la Renta l’a remis à la mode en s’inspirant du style des années 30 façon Greta Garbo ou Marlène Dietrich. La Pacer marque les esprits de l’année 75 par sa large surface vitrée, ses fesses bombées, sa gueule marrante et son généreux espace intérieur. Malheureusement, produite à la va-vite, sans souci de qualité, elle décroche vite une réputation de nanar invendable et inutilisable. Elle tombe souvent en panne et fait rigoler les garagistes qui ont depuis longtemps abandonné l’idée même de la réparer. La Pacer est une cause perdue. C’est pour cela qu’on l’aime. Certains l’ont même affublé du détestable titre de « pire voiture de l’univers ». Et pourtant, tout le monde se souvient de ce vaisseau spatial sorti de nulle part qui faire rire les enfants sur son passage. Il n’est pas rare de l’apercevoir encore aujourd’hui dans des spots publicitaires. C’est une apatride. Seuls les amateurs peuvent dire d’où elle vient. Elle se fond dans la circulation et, fait extraordinaire, elle n’est pas ridicule en 2013. Près de quarante ans après son lancement, elle n’est ni datée, ni connotée. Elle connut une belle carrière en Europe, notamment en Suisse et en Belgique. En France, c’est sous l’impulsion du distributeur Jean Charles qu’elle fit quelques éclats. L’astucieux concessionnaire la distribua dans les beaux quartiers. Il n’était pas rare de la croiser entre le Trocadéro et le Bois de Boulogne. Mais le coup de maître du distributeur fut de solliciter Brigitte Bardot pour assurer sa promotion. Un soir après la fermeture du salon de l’auto, BB se prêta gentiment à cette opération de relations publiques. Allongée sur le capot de la Pacer, la sex-symbol française avait fière allure. Les affiches étaient encore plus osées. On y voyait une créature de dos qui portait une longue robe blanche à l’outrageante échancrure. La comparaison entre le postérieur de la dame et l’arrière de la voiture serait aujourd’hui interdite par les ligues de vertu. C’était sexiste bien sûr, mais l’époque l’était. Alain Delon céda lui aussi aux sirènes de la Pacer. Coluche, le fils Duchemin connut avec elle un joli succès sur les écrans dans « L’aile ou la cuisse ». La Pacer est une expérience automobile qui n’avait pas vocation à rouler sur la route. Son charme est, en partie, lié à son échec retentissant.